La Gazette du Café des parents -avril-19

 

La place des grands-parents dans l'éducation

 

Etaient présents à ce débat : un couple de grands-parents (3  enfants de 42, 40, 38 ans et 4 petits-enfants entre 10 et 5 ans), une grand-mère (1 enfant de 37 ans et une petite-fille de 1,5 ans), une jeune mère (3 enfants de 10, 9, 3 ans).

Le débat s’est instauré entre des participants appartenant à deux générations, celle des grands-parents et celle des parents ; leur parole renvoie à la position à partir de laquelle chacun s’est exprimé ; elle est illustrée par les évènements qui ont jalonné leur

 

 

expérience, et est sous-tendue de sentiments forts et d’émotions encore vives.

Différents “styles” de grands-mères

Dès le départ il apparaît qu’il n’y a pas qu’une façon d’être grand-mère :

- il y a la « mamie gâteau » qui passe du temps avec ses petits-enfants

- et puis il y a la grand-mère par « obligation » et non par plaisir.

 

Quand/comment devient-on grands-parents ?

Pour certaines, et c’est le cas des grands-mères présentes, la naissance d’un petit-enfant est source de fierté, c’est un bonheur, un accomplissement, un cadeau que leur font leur(s) enfant(s). Mais cependant, de même que l’on ne devient pas mère du fait de mettre un enfant au monde, de même on ne se sentirait pas automatiquement grand-mère du seul fait que ses enfants deviennent parents.

Y aurait-il un âge idéal pour devenir grand-mère ?

La jeune mère présente au débat, regrette que sa propre mère, n’arrive pas à être grand-mère de ses enfants ; elle en souffre et pense que sa mère était peut-être trop jeune (43 ans) quand son premier enfant est né.

Obstacles à l’accession à la « grand-parentalité »

Plusieurs obstacles sont évoqués pour comprendre cette difficulté à devenir grand-mère : la jeune mère pense que sa mère la vit comme une rivale (difficulté à vivre la différence de génération) d’une part, et que par ailleurs sa mère n’avait déjà pas bénéficié pour ses enfants de la présence d’une grand-mère bienveillante, modèle dont elle aurait pu s’inspirer pour le devenir elle-même.

Anticiper cette étape quand on est jeune parent

La jeune mère évoque avec émotion le souvenir de sa grand-mère paternelle ; elle dit l’avoir dans son cœur et quand elle voit grandir ses enfants elle pense déjà au temps où elle deviendra elle-même grand-mère à l’image de celle qu’elle garde en mémoire.

Quand les petits-enfants confortent leurs grands-parents dans leur rôle

La jeune mère pense que c’est sa fille (10 ans) qui arrivera peut-être à faire découvrir à sa mère le plaisir d’être grand-mère : en effet, c’est elle qui la sollicite par téléphone et qui réussit à l’amener à s’intéresser à elle, ce qui ne lui est pas possible spontanément.

 

Comment les grands-parents voient-ils leur rôle ?

Les grands-parents présents évoquent leur soucis d’être à la hauteur de leur fonction et “naviguent” entre enthousiasme et crainte de mal faire. Cela s’exprime, en période de calme de différentes façons.

Etre grands-parents : un apprentissage

Une jeune grand-mère dit sa difficulté à se « positionner » face aux questionnements de sa fille après la naissance de son premier enfant : quand sa fille lui demandait des conseils concernant les soins au bébé ou l’allaitement, elle avait tendance à lui répondre en professionnelle de la petite enfance qu’elle avait été.

Cette même grand-mère se laisse aujourd’hui guider par sa petite-fille quand elle est chez elle pour s’en occuper : c’est elle qui tout naturellement lui indique comment faire, où se trouvent les choses.

Le respect des parents

Une grand-mère, tout à l’enthousiasme de voir son petit-fils prendre son premier bain, a senti qu’elle n’était pas la bienvenue et que les parents avaient envie de partager cet évènement dans l’intimité de leur couple ; elle s’est alors retirée de la salle de bain pour respecter leur souhait.

Les grands-parents ont à cœur de respecter, même en leur absence, les règles posées par les parents (heure du coucher, pas de télé), et de s’adapter à la façon dont chaque parent fonctionne (quand il y a plusieurs enfants, devenus parents).

Transmission d’une histoire, de valeurs

Les grands-parents pensent qu’ils leur revient de raconter l’histoire de la famille, à partir des photos qu’ils détiennent ; ils sont aussi là pour parler à chaque enfant de ses parents quand ils étaient eux-mêmes enfants : leurs bêtises font la joie des petits-enfants. Ils expliquent comment eux les grands-parents se sont connus : c’est l’occasion d’évoquer une autre époque, celle où l’on se rencontrait à l’occasion d’un bal. C’est aussi eux qui peuvent témoigner de la “grande histoire” à partir de ce qu’ils en ont vécu, la guerre par exemple, dont un grand-père présent dit qu’il avait encore en tête les phrases qu’avait son propre grand-père pour en parler et l’admiration qu’elles suscitaient en lui.

A travers leur attitude et leur parole les grands-parents transmettent les valeurs qui sous-tendent leur existence : respect, honnêteté ; ils illustrent l’idée qu’il faut terminer ce que l’on a commencé ; par leur enthousiasme, ils disent surtout que la vie est belle, qu’elle vaut le coup d’être vécue.

Disponibilité, bienveillance et plaisir : une position éducative complémentaire

Les grands-parents ne se sentent pas impliqués de la même façon que les parents dans l’éducation de leurs petits-enfants : leur patience et leur bienveillance donnent aux petits-enfants le sentiment qu’ils ne seront pas jugés ; ils se sentent en confiance et peuvent confier aux grands-parents ce qui les préoccupe ; auprès d’eux, ils trouvent soutien et compréhension.

Les grands-parents disent aussi leur plaisir de pouvoir profiter de leurs petits-enfants en l’absence de leurs parents.

Les grands-pères aiment « chahuter », alors que les grands-mères sont plus calmes. Les grands-parents retrouvent quelque chose de leur propre enfance en jouant avec leurs petits-enfants et en se laissant aller aux fous rire avec eux. Ils leur apprennent jeux et chansons.

 

Les grands-parents quand leurs enfants sont dans la tourmente

Quand les parents divorcent, les grands-parents deviennent plus que jamais un refuge pour leurs petits-enfants : aller chez les grands-parents, quand ils gardent une position neutre à l’égard des parents respectifs, permet aux petits-enfants de « sortir de la bagarre » et de retrouver un sentiment de sécurité perdu.

Les grands-parents et la question de la mort

Cependant, les grands-parents sont appelés à disparaître ; une grand-mère raconte comment son petit-fils de 4 ans a réagi à la mort de son autre grand-mère : il a manifesté beaucoup d’agressivité à son égard pendant un certain temps, sentiment d’injustice d’en voir une disparaître et l’autre rester en vie, peur  que l’autre grand-mère puisse aussi lui faire défaut brusquement et le laisser dans la peine ? Face à l’agressivité de son petit-fils, sa grand-mère a montré beaucoup de patience et de compréhension, ce qui a permis que l’enfant retrouve l’insouciance et le plaisir de vivre propres à son âge.