La Gazette du Café des parents -fev-18

écouter les émotions de l'enfant

 

Un peu d’histoire sur l’éducation

 

 

 

 

Le modèle autoritariste a été aboli à partir de mai 68 ; le slogan « il est interdit d’interdire » reste le plus connu de ces évènements.

Notre société est sortie peu à peu d’une éducation de contrainte, utile à une époque où l’enfant avait pour mission de reprendre le travail des parents, de reproduire leur modèle, d’enrichir le patrimoine familial (jusqu’à vivre des unions maritales destinées à regrouper des terres ou des biens).

Aujourd’hui, dans notre société individualiste et incertaine, l’ambition des parents est de donner une éducation qui vise au développement du potentiel de leur enfant, à son épanouissement, au développement de son estime de soi. L’éducation d’aujourd’hui a pour ambition de développer des individus libres, capables d’adaptation mais aussi d’épanouissement personnel.

Les recherches récentes en neuroscience révèlent les dégâts créés par « les douces violences éducatives ». Elles sont dites « douces » car elles n’ont pas l’intention de faire mal. Elles sont « violentes » parce qu’elles humilient l’enfant, elles ne le respectent pas, elles ne l’écoutent pas. Quelques exemples de ces douces violences : les jugements : « t’es nul en math », les comparaisons « ranges ta chambre, heureusement que ta sœur est plus ordonnée que toi », les insultes, les projections « t’es nul en classe, tu ne feras pas un métier bien brillant »…. « Pour une fois, essaie de te concentrer, tu n’arrives à rien »…

Nous parents, avons souvent des réflexes éducatifs qui font référence à des modèles anciens :

-          Tendance à dire à l’enfant ce qui est bon pour lui

-          à  faire des discours

-          à critiquer l’enfant plutôt que son comportement

-          à le punir sur le coup de la colère

-          à crier

-          à se rendre attentif à l’enfant que lorsqu’il se comporte mal (bêtises, insolence…)

-          à le rendre dépendant des adultes

-          à lui mettre des  étiquettes 

 

Ces réflexes ont des incidences sur les enfants : ils deviennent soumis ou rebelles, se comportent selon un rôle attribué, manquent d’estime d’eux-mêmes ou de confiance en eux-mêmes. Dans les pires cas, ils deviennent incapables d’apprentissage et ne parviennent pas à se concentrer, ont une perte de confiance dans les adultes qui les entourent, une forme d’attachement incertaine….

Les conséquences sur nous parents : nous avons le sentiment de parler dans le vide, de nous répéter sans cesse, de nous épuiser, d’être incompétents dans l’éducation, d’être débordés par les crises de nos enfants.

 

L’éducation respectueuse ou positive : un nouveau modèle éducatif

Aujourd’hui, de nombreux articles ou ouvrages prônent l’éducation respectueuse comme un modèle alternatif. La parentalité positive est, par ailleurs portée par le conseil de l’EUROPE.

Deux principes essentiels dans cette éducation : écouter des émotions de l’enfant, poser des règles à l’enfant adaptées à son âge, en remplaçant notamment la punition par la réparation.

 

L’écoute des émotions : un des pivots de cette éducation respectueuse

L’enfant est fréquemment submergé par ses émotions : ses états de colère ou d’excitation peuvent durer ou s’auto entretenir. Ainsi, les frustrations peuvent le submerger.

L’écoute des émotions, permet à l’enfant de ne pas rester emmuré et de se familiariser avec celles-ci. Il apprend peu à peu à mieux se comprendre et à parler ses émotions au lieu de les laisser l’envahir.

Quelques exemples : on peut dire à l’enfant : « tu as l’air fâché », « je vois que tu es en colère », « tu as l’air heureux »….. Ainsi, l’adulte va à la « pêche » aux émotions en proposant des mots que l’enfant va confirmer ou pas : « non je suis pas déçu, je suis en colère ! »

L’écoute des émotions passe par quelques petites techniques ; l’adulte interrompt son activité, se met physiquement au niveau de l’enfant, le regarde dans les yeux, l’invite à s’exprimer dans une « pêche aux mots pour nommer l’émotion », il relance ce que l’enfant dit (ce qu’on appelle la reformulation)…

Parfois, cette écoute se fera après que l’enfant soit calmé, « à froid » après la tempête.

Cette attitude de l’adulte permettra à l’enfant de baisser son niveau d’émotion et de dégager sa pensée, il pourra ainsi devenir « raisonnable » au sens où il pourra se mettre à réfléchir, voire à trouver ses solutions aux conflits ou frustrations.

Ex : c’est l’heure de partir et l’enfant fait une colère. L’adulte peut suggérer « c’est pas facile de devoir partir quand on est bien quelque part, ça fait venir de la colère »….. l’enfant est ainsi invité à pouvoir dire ce qu’il ressent. 

Ces méthodes ne sont pas « magiques » le parent doit se familiariser avec elles et l’enfant aussi. Peu à peu, il  prendra l’habitude de s’exprimer davantage, d’échanger avec le parent.

 

L’écoute des émotions comme un piège ?

Cette écoute pourrait être peut être vécue comme un piège pour les parents qui risqueraient de se perdre dans les émotions de l’enfant et ne plus poser d’autorité pour éviter les colères ou frustrations.

Pour le parent, écouter les émotions de l’enfant exige un préalable : accepter que les émotions puissent être parfois de l’ordre de la frustration, du chagrin, de la douleur. L’enfant qui apprend ces émotions « négatives » s’y familiarise, ne les craint plus. Ainsi, il fait l’apprentissage que ces émotions-là ne le détruisent pas, qu’on peut mettre des mots dessus. Il apprend à ne plus lui-même être submergé par ces émotions dites « négatives ». Ses émotions, reconnues et validées par l’adulte, lui permettent de ne plus rester envahi.

 

Ne pas craindre de poser des règles à l’enfant

Dans ce processus d’éducation respectueuse, les parents apprennent à oser poser des règles de façon « raisonnable » parce qu’ils apprennent eux-mêmes à entendre et respecter leurs propres émotions.

Ainsi, si l’enfant a fait une bêtise qui exaspère son parent, celui-ci pourra dire à l’enfant « écoute je suis très agacé par ce qui vient de se passer, je dois reprendre mon calme et on en parle ensuite ».

 Ainsi, l’éducation ne se fait plus sur le mode « action/ réaction » mais sur un mode raisonnable, la réparation demandée à l’enfant est réfléchie, proportionnée à l’acte commis parce que l’adulte a attendu que sa propre colère passe pour revenir à une pensée cohérente.

 

En conclusion

Notre société change, l’éducation aussi. L’éducation respectueuse est comme une nouvelle langue qu’il convient de s’approprier. Elle enrichit les échanges parents enfants. Elle facilite une prise de recul par les parents, un  apprentissage de nouvelles modalités relationnelles. Elle ne transforme pas nos enfants mais améliore nos relations avec eux. Elle ne rend pas les enfants parfaits mais leur permet de progresser, elle ne fait pas de nous parents, des parents parfaits, juste des parents fiers d’eux.

Quand l’apprentissage se fait en groupe, cela permet aux parents de réaliser combien l’éducation est difficile pour tous.

 Ecouter les émotions de son enfant n’est pas une recette, une méthode éducative, mais un savoir être en relation, un savoir partager ensemble des émotions en mots.