La Gazette du Café des parents -juillet-18

 

Le bilinguisme à la maison

 

Pour ce débat, se sont trouvés réunis: 

–        Un couple franco-colombien avec leur enfant de 11 mois. 3 enfants plus âgés complètent la fratrie de cette famille recomposée.

–        Un couple franco-russe avec leur enfant de 18 mois et un bébé en route.

–        Une mère polonaise de deux jumelles de 3 1/2 ans dont le père est anglais.

–        Une mère, d’origine marocaine, d'un enfant de 5 ans dont le père est également marocain.

Ces parents ont tous à cœur que leurs enfants puissent être bilingues, voire trilingues.

Le père colombien, qui a fait ses études dans une école française et qui a quitté son pays depuis longtemps, ne s’exprime plus aussi facilement en espagnol. Il éprouve une gêne à parler à son enfant dans cette langue. « Je ne suis pas la même personne quand je parle français ou espagnol. » De plus, les autres enfants de la fratrie recomposée ne comprennent pas l'espagnol le père craind qu’ils se sentent exclus quand il parle espagnol à son jeune fils. Néanmoins, la maman française tient à ce que leur enfant connaisse ses origines colombiennes et même si elle ne maîtrise pas bien la langue, elle fait des efforts pour lui dire des mots en espagnol. Elle voudrait que toute la famille profite de la chance de se familiariser avec cette langue. C’est une façon pour elle de montrer à ses autres enfants qu’elle embrasse la culture de son nouveau mari.

 

Comment encourager l’enfant à parler une deuxième langue? 

Il est souvent conseillé pour les couples bilingues que chaque parent ne parle que sa langue à son enfant, pour assurer qu’elle soit bien parlée et pour permettre à l’enfant de se familiariser très tôt aux deux langues. Pour autant, faut-il forcer l'enfant quand il montre de la résistance à s'exprimer dans une langue?  Et est-ce que cela peut apporter une difficulté supplémentaire dans sa relation avec son enfant ? Une des mamans insiste auprès de son jeune enfant pour qu'il utilise des mots russes avec elle mais elle sent qu'il y est réticent. Elle remarque aussi qu'il se comporte mieux avec son père avec qui il parle français qu'avec elle et se demande s'il y a un lien avec la langue parlée.

Une autre maman partage son expérience personnelle: « Vivant en France, j’avais l’interdiction de parler français à la maison quand j’étais petite, pour me forcer à parler polonais. Je ne souhaite pas interdire une langue à mes enfants de cette façon.  Mes filles (3ans et demi) ont appris avec le temps et de façon naturelle qu'il fallait s’adresser à moi en polonais, à leur père en anglais et qu'à la crèche on parlait français... Il arrive qu'on parle plusieurs langues à table et les filles passent facilement d’une langue à l’autre, traduisent même parfois pour leur père quand il ne comprend pas. Parler avec mes filles une langue que d’autres ne comprennent pas crée une forme de complicité avec elles et je m'efforce de rechercher les mots exacts en polonais pour élargir leur vocabulaire. Il est vrai que, d’un autre côté, l’autre parent, s’il ne parle pas la langue, peut se sentir exclu dans ces échanges.»

Les parents présents s’accordent à dire qu’il est important que l’apprentissage des langues se fasse de façon détendue et naturelle pour qu’il soit bien vécu et intégré par l’enfant. « Si l'enfant refuse de parler dans une langue à un moment donné, on peut toujours faire semblant de ne pas le comprendre pour l'inciter à parler dans la langue souhaitée», dit une maman.

 

Apprendre une autre langue c’est aussi apprendre une culture

Pour ces parents, ce n’est pas juste une langue qu’ils veulent transmettre à leur enfant mais c’est toute une culture, celle de leur propre enfance. Une culture qui leur est chère, alors même qu'ils sont éloignés géographiquement de leur pays d'origine. La tâche peut parfois sembler lourde de responsabilité comme pour cette maman russe, dont le mari français parle peu la langue et qui craint d'oublier le russe. Elle se sent très seule pour apprendre à son fils sa langue maternelle. 

 

Le lien avec les grands-parents prend une dimension supplémentaire

Les parents présents recherchent l’aide des grands-parents pour transmettre langue et culture. « Mes parents en Colombie sont divorcés et j’ai gardé peu de contact avec ma famille au cours des années. Ma mère parle aussi français et quand elle est venue nous rendre visite, il fallait que je lui rappelle souvent de parler espagnol pour que les enfants en profitent. »

La grand-mère polonaise, quant à elle, habite sur place et s'occupe souvent des enfants, ce qui facilite la transmission intergénérationnelle.  Pour les autres, grâce aux technologies nouvelles comme Skype, le lien avec les grands-parents peut se maintenir plus facilement malgré la distance.

 

Accent ou pas ?

La maman d’origine marocaine, née en France, parle berbère avec un accent. Pour être sûre que sa fille apprenne correctement la langue  et qu'elle soit baignée dans cette culture, elle tient à garder le contact avec les parents de son ex-mari.  Elle a organisé un séjour chez eux au Maroc avec sa fille, le temps des vacances. Aujourd'hui, sa fille de 5 ans comprend et parle couramment les deux langues et la maman est déterminée à faire ce qu'il faut pour l’entretenir.

 

Méli-mélo linguistique…. 

Les parents constatent que lorsque les enfants sont petits et que leur cerveau est en plein développement, ils ont des facilités pour apprendre plusieurs langues. Ils apprennent vite et intègrent les différentes sonorités linguistiques sans qu’on le sache. Il arrive aussi qu’ils glissent des mots d’une autre langue dans leurs phrases… Pour les parents présents, ce n'est pas bien grave et c'est par une attitude bienveillante et compréhensive que l'on peut les corriger et les encourager à ne parler qu'une seule langue à la fois !