La Gazette du Café des parents -juillet-aout-17

Garçons/filles : quelles différences dans l'éducation?

 

 Trois femmes, mères de famille sont venues parler de cette thématique.  Mme A est maman d’un garçon de 9 ans, Mme B de deux garçons et deux filles majeurs et Mme C est mère de deux enfants : une fille et un garçon.

 

«  C’est la parité chez moi » annonce l’une des mamans en début de cet échange, et elle ajoute que même s’il n’y a pas de différence dans l’éducation qu’elle et son mari ont donnée à leurs  enfants,  il y a tout de même une réflexion permanente sur une éducation qui serait dite « égalitaire » entre les filles et les garçons; et cela  pour ne pas venir répéter une éducation emprunte d’un schéma sexiste qu’ils ont pu connaitre. Elle évoque en effet avoir reçu de ses parents une éducation rigide et sexiste, dans le sens où la fille se doit d’aider sa

 

 

mère dans les taches du quotidien. Mme C, rejoint alors Mme B sur ce point car le risque dans une éducation clivée fille/garçon c’est de « reproduire des éléments qu’on nous a inculqués ».  «  Il ne faut pas tomber dans les stéréotypes »  existants et résistants…

La lutte garçon/fille  ou « à la recherche de l’égalité »

Mais quel est ce stéréotype redouté et contre lequel il y a une lutte ? Il y a des toujours eu des différences entre les individus dira Mme A, celles liées aux conditions physiques telle que la maladie, le surpoids, et celles liées au contexte social ajoute Mme B qui viennent compliquer la vie de ces personnes. Naître fille ne devrait pas être une injustice. Mise à part la différence sexuelle du corps, pour ces trois femmes, les chances sont les mêmes entre les filles et les garçons et pourtant… les inégalités filles garçons sont toujours présentes, du fait de la culture, de certaines croyances ou de l’héritage  familial (« il faut résister face à la famille »). A l’heure actuelle, ces trois femmes parlent des inégalités quant aux choix professionnels. « On doit se battre… dans l’orientation, il y a encore une représentation très sexuée des métiers »

Mais si ces mères sont toutes d’accord pour dire que l’éducation doit être la même, il reste une appréhension latente de ces mères au sujet des filles : elles peuvent être perçues comme plus vulnérables seules face aux autres, vulnérables car victimes de propos sexistes, ou de commentaires sur leur physique. Pour Madame C, imaginer sa fille sortir seule, reste plus compliqué à concevoir. «  La fille fait moins de chose seule à cause de la crainte parentale » explique Mme C et elle ajoute « la crainte est équivalente mais la fille est plus ciblée par rapport aux agressions et aussi plus ouverte et plus avenante alors cela augmente le risque ». Madame B évoque sa crainte au sujet de son fils : « il est très ouvert, il va vers les autres ce qui nous angoisse ». Pour Mme B, malgré tout, les « filles sont sifflées, ont des remarques… et puis, elles sont souvent cibles d’agressions verbales à caractère sexuel ».

Madame A parle de son sentiment qu’il y a comme une idée d’inégalité de force « comme si être un homme c’est être fort, et être du coup le plus dominant », ce qui rendrait soumises les femmes. Elle souligne également qu’« à l’adolescence on peut remarquer soit une « hyper-féminisation » ou  « une volonté de passer inaperçue »chez les filles. Pour Mme C, Le groupe peut devenir alors un lieu protecteur dans lequel on se sent fort. On peut souvent voir des  groupes de filles et des groupes de garçons, où chacun y puise sa force.  Mme A rejoint Mme C sur ses propos : dès l’école élémentaire il y a les filles d’un côté et les garçons de l’autre. « Il y a des groupes, de la concurrence et des conflits et il y a toujours une escalade pour toujours être le plus dominant ». Les filles comme les garçons deviennent plus fortes en groupe, mais « sans encadrement »,  il y a un risque de débordement physique ou d’irrespect… risque qui pour elle est aussi porté par l’école qui semble ne pas assez intervenir « ils ne font rien ».

Plusieurs questions se sont alors posées : Le groupe viendrait-il annuler la petite différence, cliverait-il plus qu’il ne regroupe… ou permettrait une assise identificatoire ? Entre différence ou in-différence qu’est-il préférable ? La différence est-elle à minimiser ? A rejeter ? A accepter ? L’école serait-elle le seul pilier de cette éducation à la différence ?

Est-ce que l’appréhension de ces mères concernant le potentiel danger encouru par les filles modifie  l’éducation au quotidien apportée aux filles et aux garçons ? La question a alors tourné autour des relations amoureuses et de la permission que l’on accorde aux enfants plus grands : « accepter que les grands ados puissent, garçons comme filles, amener leur copains à la maison… les garçons choquent moins quand ils changent d’amoureuse ». Mme C se souvient «  si j’avais ramené autant de garçons que mon frère de filles ça aurait choqué… mon image en aurait pris un coup » et elle s’interroge sur l’attitude qu’elle aura plus tard quand ses enfants seront grands ?

Comment porter un regard différent ? De l’inégalité à la différence

Le respect au quotidien de la petite différence : une éducation sociale mixte.

Mme A soutient l’idée que dans « l’éducation l’important c’est de miser sur le respect ». Au sens d’apprendre aux garçons à respecter les filles (« le garçon ne doit pas s’égarer à ce niveau-là ») et ne pas parler d’inégalité liée au sexe. La transmission du respect est fondamentale et cela doit passer par l’éducation. Madame B souligne l’importance au-delà de la sphère familiale de sanctionner toute humiliation ou idéologie sexiste ou raciste de la même manière afin de contrer ces idéologies. Les enfants devraient pouvoir être éduqués de la même manière en dépit de leur sexe. Mme A pense que l’école pourrait avoir un rôle éducatif civique et quotidien dans ses interventions. Au quotidien, il faut, pour Mme B, proposer les mêmes chances à chacun et les mêmes jouets, et surtout leur signifier le respect. « Les écouter sans jamais les dénigrer »  insiste madame A. Pour elle, l’égalité est naturelle, « les enfants ont une logique du bon sens, ainsi s’il y a inégalité c’est qu’il y a un dysfonctionnement dans l’éducation ».

En famille : le respect de chacun

Mme C souligne l’importance dans le couple parental du partage, et non d’une relation fondée sur un mode dominant/dominé. Elle vient souligner qu’il est important de ne pas penser l’éducation différemment selon le sexe de ses enfants, que finalement la question est de montrer qu’il n’y a pas de différences dans les rôles parentaux (ou conjugaux) de chacun attribués selon le sexe : l’éducation passe déjà dans ce que l’on montre aux enfants de la place que prennent les parents. Par exemple dira Mme B, son mari est aidant, « il s’est plus occupé des enfants que moi » donc « on n’est pas tombé dans les stéréotypes ».  « Avec les enfants, dans cette proximité relationnelle, père et mère c’est pareil à la maison », mais pour certaines tâches c’est différent, selon les affinités, plaisir et capacités de chacun. On montre que la différence n’est pas liée au sexe mais plutôt liée à chaque individu ans sa spécificité. Deux de ces mères proposent d’être dans des rôles éducatifs semblables à celles des pères de leurs enfants. Chacun est différencié par ce qu’il partage avec ses enfants, ce qu’il propose de leur transmettre : les  tâches quotidiennes et les activités sont faites selon l’envie et le plaisir de chacun… mais « même si on est contre, des fois, le linge et la nourriture c’est souvent plus la maman » dira Mme B « je reste optimiste sur les couples qui sont aujourd’hui moins traditionnel ».  Il serait donc important de contrer l’idée de rôles dévolus selon l’identité sexuée …  et  de soutenir l’égalité face au respect de la différence… Dans ce débat, le regard des hommes, de pères, aurait été bienvenu…nous les inviterons une prochaine fois.