La Gazette du Café des parents -mai-18

 

Témoignage d'une maman porteuse du trouble autistique

 

A la suite de notre conférence : « un nouveau regard sur l’autisme avec le Son Rise Program » qui s’est déroulée en avril, voici le témoignage bouleversant d’une maman.

 

J’ai connu un autisme sévère. J’étais dans J’ai connu un autisme sévère. J’étais l’incapacité de me connecter aux autres malgré ma lucidité et tous mes efforts. Détresse intense. J’ai toujours mis la barre très haute, trop haute si bien que lorsque je parvenais à communiquer c’était souvent d’une manière maladroite, qui ne m’est pas naturelle. Des efforts si nombreux et importants pour un résultat si décourageant. Et puis Son-Rise est arrivé dans ma vie. Il a fallu d’abord un temps pour que mes proches se l’approprient. Et un autre pour que j’apprenne à accepter que je ne suis plus livrée à moi-même et que je peux faire confiance et

 

accepter que des tiers soient mes béquilles en communication, pour me connecter aux autres. Après 40

années je suis accompagnée. Je ne peux pas encore bien communiquer et gérer les codes sociaux et alors ils sont

là pour m’aider à gérer cette communication et cette socialisation. Sans jamais m’infantiliser et c’est important pour une femme de 40 ans et vis-à-vis de mes enfants. J’accepte de prendre leur main et ils me montrent, je les suis et je découvre une autre manière

de faire tout en respectant qui je suis. J’ai beaucoup de rigidités et ça n’a pas été facile d’accepter de leur donner ma main. Parce qu’avant Son-Rise les méthodes précédentes ne préconisaient pas le Joining. Résultat je n’avais pas d’accompagnement mais uniquement de l’opposition. Et ils pensaient bien faire. Son-Rise c’est l’attitude et un fonctionnement diamétralement opposé. Alors je ne suis pas encore sortie de mon autisme et je ressens encore beaucoup de frustrations de ne pouvoir communiquer et socialiser comme je le voudrai, de ne pouvoir gérer les conflits lorsqu’ils s’installent. Mais on ne rattrapé pas 40 ans de retard d’un claquement de doigts. Et ce que je sais c’est que maintenant au quotidien mes proches m’offrent cette assistance, l’acceptation, la sécurité, la joie de vivre, l’espoir, des passages à l’action pour tout ce que je ne parviens pas à gérer seule. Pour moi, pour mes enfants, pour eux cela fait toute la différence. J’aurai eu si peur, j’aurai tant pleuré à l’idée d’être enfermée dans cet autisme et de ne pouvoir communiquer tout l’amour que j’ai pour ceux que j’aime. C’est comme si on m’ouvrait la trappe du piège dans lequel je me trouvais et progressivement je dépasse mon autisme.

Le stade d’opposition de l’enfant

8 parents, dont deux couples, sont présents pour échanger sur le stade d’opposition de leurs enfants.

Définition

La définition apportée par le groupe au sujet du stade d’opposition est « c’est une coupure nette de la phase bébé pour entrer dans une phase d’affirmation de soi en tant que personne à part entière ». Cette phase leur semble importante et nécessaire d’un point de vue développemental car elle permet à l’enfant de tester les limites (les siennes et celles des autres), de découvrir son environnement et d’apprendre les règles et la frustration. Les parents constatent que c’est souvent lorsque l’enfant acquiert la posture debout et qu’il veut explorer l’environnement, que ce stade commence à se manifester. 

Quand l’opposition se manifeste-t-elle ?

Les parents évoquent les diverses situations où leurs enfants peuvent être dans une opposition : « il jette son doudou », « il ne veut pas manger », « maman j’aime pas  », « je veux pas aller à la douche ». Les parents s’accordent pour dire que les crises dans les magasins sont les plus difficiles à vivre, en raison du regard bien souvent jugeant des personnes présentes. « C’est difficile de recevoir des conseils non-sollicités des gens qui parfois n’ont même pas d’enfants ».

Des crises difficiles à gérer

Les parents sont sidérés de constater à quel point une crise d’opposition peut être bruyante et violente, l’enfant ne sachant pas gérer ses émotions et s’emportant à la moindre frustration : « Parfois les jouets volent » ou « il peut me taper ».

Par le biais de ses « crises », l’enfant exprime ses affects qu’il ne sait réguler et gérer. Une maman explique qu’elle essaye de lui faire exprimer ses émotions pour l’aider à comprendre ce qu’il vit et l’accompagner du mieux possible. Les parents expliquent à quel point il est compliqué d’être à l’écoute des émotions de l’enfant car elles nous paraissent bien souvent disproportionnées. « Ils font d’un détail une montagne, tout peut devenir un mini-drame ». Les parents se disent démunis « on ne sait pas quoi faire, j’ai l’impression d’avoir tout essayé ».

Bien souvent, en bon testeur, l’enfant va dire ou faire le contraire de ce qui est demandé par le parent par simple esprit de contradiction, par exemple dira un parent « si je lui donne du lait froid, il me dit qu’il voulait du lait chaud et quand je lui sers du chaud, il me dit qu’il voulait du froid ».

Il est difficile de savoir quelle attitude adopter dans les situations où l’enfant s’oppose « faut-il interdire, divertir… ? ».

Faire autorité dans la bienveillance

Les parents parlent de nouvelles perceptions de l’éducation en faveur d’une bienveillance et d’un respect pour les émotions de l’enfant, quelles qu’elles soient. Les parents insistent sur le fait que cette bienveillance n’exclut pas de poser des règles et des limites, nécessaires au développement psychique de l’enfant. « C’est rassurant pour un enfant d’avoir des balises autour de lui ».

Même si certains parents sont convaincus du bien-fondé de cette méthode éducative, il n’empêche que dans le stress du quotidien, elle reste difficile à appliquer.

Pour d’autres, l’éducation bienveillante est utopique. Elle peut même être culpabilisante lorsque l’on n’arrive pas à en appliquer les principes. Cela demande également d’avoir fait un travail personnel et d’être dans une certaine philosophie de vie.

Quelques trucs et astuces

Des idées d’intervention sont citées par les parents : « on peut lui faire un câlin pour contenir physiquement l’émotion » et « On peut utiliser des canaux symboliques pour illustrer les affects comme  utiliser la couleur rouge pour parler de la colère ». « On peut répéter et expliquer un enfant pourquoi les règles sont instaurées. » ou/et « On peut également lui proposer de taper dans un coussin pour décharger sa colère ».

Certains parents préfèrent se mettre à distance ; « on peut le laisser faire la crise après s’être assuré qu’il soit en sécurité ». Isoler l’enfant le temps que la crise soit passée, permet à chacun de redescendre émotionnellement, parents comme enfant, et de réfléchir à la façon de réagir à froid. 

Un stade difficile pour les parents

Néanmoins, les contraintes sociales, le rythme du quotidien et la fatigue qu’il engendre font qu’il peut être difficile de faire baisser la pression, même si chacun des parents conçoit que la phase d’opposition est une étape nécessaire. Les parents s’accordent pour dire que notre façon de réagir à ces crises  dépend donc essentiellement de notre propre état de fatigue et émotionnel « quand je suis épuisée, je m’énerve et c’est l’escalade ».

Les parents expliquent que les oppositions de leurs enfants surviennent de façon cyclique, ce qui rend certaines périodes très fatigantes à supporter et d’autres beaucoup plus agréables. « Des fois on croit qu’on en est sorti, et finalement une nouvelle crise arrive sans savoir pourquoi ».

En conclusion

Les parents concluent sur le fait que chaque enfant et chaque parent est différent, que les méthodes éducatives sont nombreuses et qu’il faut se faire confiance dans son autorité. « La perfection n’existe pas, l’essentiel est de faire de son mieux, pour aider son enfant à grandir ».

Les parents relativisent en disant que les crises d’opposition nous concernent aussi en tant qu’adultes « nous aussi, on a parfois besoin de claquer la porte ».

Enfin, il est rassurant pour les parents de constater que tous les enfants passent par cette phase et qu’elle parait être essentielle à leur développement.