La Gazette du Café des parents -nov-18

 

Les violences des enfants entre aux à l'école

 

 

Six mamans sont présentes, leurs enfants ont entre deux ans et plus de 20 ans.

 

Les questions qui se posent à elles :

Que dire à un enfant qui subit des violences de la part des autres enfants : « défends-toi », « parles en à la maîtresse » ?

…Un garçon qui a changé d’école n’est pas intégré au groupe des garçons et en subit les moqueries. Il vient d’en parler à ses parents après avoir subi des violences verbales pendant des mois. Il semble préférer cette « mauvaise » compagnie à la solitude. Faut-il demander à l’enseignant qu’il le change de classe pour éviter cette fréquentation ?

 

L'expérimentation de la violence

Les enfants expérimentent tout-petits la violence au travers des échanges avec les autres qui veulent le jouet qu’ils ont en main (expérience qui se vit aussi entre frères et sœurs). Les mamans disent qu’il faut apprendre à son enfant à prêter, et aussi à « demander » avec des mots plutôt que d’arracher le jouet des mains d’un autre. Quand dans une fratrie les enfants se battent pour un même jouet, une maman soit détourne leur attention soit dit « stop » en prenant le jouet soit tape celui qui tape. Le risque, disent d’autres mamans, c’est que l’enfant obtempère uniquement parce que l’adulte est plus fort physiquement avec le risque que cette force s’inverse un jour. Une maman propose qu’on apprenne à l’enfant à dire aux autres enfants : « non tu me tapes pas ».

Une maman conseille à ses enfants de s’écarter quand un groupe d’enfants fait des choses qui « ne sont pas bien » (jeter des cailloux par exemple..).

 

Quelles violences

Les mamans ont le sentiment que les violences seraient plus verbales chez les filles, avec parfois des coalitions alors que chez les garçons les coups partent vite.

 

Agresseurs/agressés?

Pour les mamans, il semble qu’il y ait plus d’enfants agresseurs que d’enfants agressés. Selon elles, des enfants sont repérés comme des agresseurs fréquents au sein de l’école. Ces enfants sont soit des enfants qui vivent des choses difficiles au plan familial soit des enfants qui sont eux-mêmes témoins de violences familiales ou soumis à trop d’autorité. Parmi eux parfois aussi des enfants dont les parents seraient trop laxistes.

Le groupe se demande si on peut de la même manière repérer des enfants « victimes ». Les enfants des mamans réunies qui subissent ces violences sont dits « sensibles » voire « perméables »  aux douleurs de l’autre : une maman décrit sont fils qui pleure à la douleur de l’autre par exemple ou qui est hypersensible à des sujets brûlants d’actualité.

Que faire face à cette hypersensibilité ? Lui demander ce qu’il ressent quand l’autre a mal, ou que pourrait-il faire pour celui qui le touche ainsi pour le « décentrer » de l’autre.

Plusieurs de ces garçons cités sont victimes des garçons mais communiquent bien avec les filles plus proches de leur sensibilité. Une maman se demande si les autres garçons, peu en lien avec les filles ne sont pas tout simplement jaloux. Une telle interprétation est confirmée par une autre dont le fils a peu à peu attiré quelques garçons vers les filles et s’est fait des copains à partir de là.

D’autres enfants « victimes » ont du mal à s’exprimer. Un d’entre eux peut agresser ou se faire agresser parce qu’il ne sait pas dire ce qu’il ressent ou ce qui lui arrive. Une maman propose à la maman concernée de lui suggérer de dessiner ce qu’il ressent et de raconter ce qu’il voit dans son dessin « comme un psychologue » dit-elle. Elle a souvent remarqué que le dessin aidait ses enfants à dire ensuite un certain nombre de choses. Elle dit que quand ses enfants se disputent, elle leur propose de dessiner, elle pense qu’on peut le suggérer même à l’enfant qui n’a pas encore de langage.

Les enfants agressés dans ce groupe de mamans sont parfois aussi des enfants qui n’ont pas "le même code de relation" que les autres ou pas "les mêmes centres d’intérêt" (un enfant très brillant en classe, un autre qui ne joue pas au foot alors que les garçons de sa classe y jouent).

 

L'enfant isolé?

Quand un enfant dit qu’il n’a pas de copain, il semble à quelques mamans qu’il est dans le même cas qu’un adulte éternellement célibataire. Si on lui dit « va vers les autres » on l’expose au rejet ou à son incompétence. Si on lui dit « attire les autres à toi » (ce qui, transposé à l’adulte, serait « soit bien dans ta peau et séduis ») on le stimule. Une maman a même dit à sa fille qui se plaignait d’être sans copine : « sois bien toute seule, sois à l’aise » et les copines sont peu à peu venues à elle.

Une maman dit que quand son enfant dit « les autres ne veulent pas jouer avec moi », elle lui demande de préciser quel autre enfant et remarque que c’est en général juste un enfant qui ne veut pas.

 

L'apprentissage de la vie en groupe?

Les centres aérés, les activités extra-scolaires semblent permettre aux enfants de rencontrer leurs copains de classe sous d’autres centres d'intérêts ce qui peut modifier ensuite les groupes d’affinités au sein de l’école.

De même les sorties à la piscine, ou dans d’autres collectivités peuvent permettre aux parents d’observer leurs enfants avec les autres et d’en rediscuter avec eux.

A la fois les mamans disent l’importance de laisser les enfants se débrouiller seuls sans intervenir mais on peut aider les enfants à comprendre ce qui leur arrive et mieux observer pour changer éventuellement leur attitude à partir de la transformation de leur vision.

Deux enfants scolarisés dans un quartier d'habitat social ont connu les violences des cours de récréation et en sont sortis. Aujourd’hui dans un autre quartier, ils vont bien grâce à une meilleure compréhension des autres, dit leur maman.

 

Et en classe?

L’inquiétude des mamans présentes est qu’à l’école elles ne sont pas là pour conseiller leur enfant.

Les mamans disent qu’elles ne peuvent compter sur les enseignantes pour éviter les conflits de cour de récréation. Pourtant une maman, dont l’enfant est souvent dans une position de victime par rapport aux autres, en a parlé à l’enseignante de son fils en disant qu’elle ne savait pas comment faire. Cela a donné envie à l’enseignante d’intervenir auprès du groupe pour interdire la violence et cela a eu des effets positifs.

Une maman d’origine Russe nous fait remarquer que notre école est démocratique, à l’image de la société : nos enfants revendiquent la liberté sans suffisamment de notion de vie commune et de responsabilité. Le respect de l’autre n’est pas assez appris aux enfants. En Russie ces phénomènes de violence scolaire n’existent pas car les enseignants sont autoritaires et respectés. C’est peut-être à nous parents d’éduquer nos enfants dès le plus jeune âge au respect des autres.