La Gazette du Café des parents -oct-19

 

Les difficultés à concevoir à l'enfant et la PMA

Un jeune couple  a accepté de nous raconter, avec sincérité, son parcours vers la parentalité.

Depuis maintenant deux ans et demi, tous deux ont le projet de devenir parents mais leur désir d'enfant a très vite été contrarié : Madame souffre d'endométriose (une

 maladie gynécologique chronique) et un spermogramme a permis de déceler une anomalie chez Monsieur.

Le couple a donc dû faire le « deuil d'une grossesse facile ». Il été orienté, il y a environ deux ans, vers le service de P.M.A. (Procréation Médicalement Assistée) de l’hôpital de MERCY.

 

Le protocole de P.M.A. et l'accompagnement médical :

Leur parcours dans la procréation médicalement assistée a débuté par une stimulation ovarienne dite « simple » : un traitement hormonal a été prescrit à la jeune femme afin d'obtenir une ovulation de bonne qualité. Par la suite, cette dernière a dû subir plusieurs opérations afin, notamment, de « nettoyer l'utérus et enlever tout ce qui pouvait gêner la procréation ». Ces premières démarches se sont révélées infructueuses et l'insémination artificielle a alors été envisagée : il s'agit d'une technique qui consiste à déposer un échantillon de sperme (celui du conjoint dans cette situation) à l'intérieur de l'utérus de la femme. Dans le cas du jeune couple, trois inséminations ont échoué et deux ont été interrompues : « les médecins n'ont pas voulu aller au bout parce qu'il y avait un risque de grossesse multiple ».

Aujourd’hui, un nouveau protocole leur est proposé : il s’agit de la F.I.V. (Fécondation In Vitro) : l'ovule et le spermatozoïde sont « unis » en laboratoire et les embryons fécondés sont ensuite transférés dans l'utérus.

De nombreux examens ponctuent ces démarches et les rendez-vous médicaux s'enchaînent. Le couple nous avoue que l'attitude du corps médical n'a pas toujours été satisfaisante : « au début, j'avais l’impression de n'être qu'un corps, qu'un utérus », nous confie la jeune femme. La réunion d'informations qui leur a été proposée pour leur présenter le protocole F.I.V. leur a laissé un sentiment mitigé : « on était une cinquantaine de couples présents. Ça permet de voir qu'on n'est pas seul, ça permet de déculpabiliser ». Toutefois, la forme de cet échange, tout comme les consultations individuelles « qui pouvaient durer 5 minutes », leur a donné l'impression que « tout était 'timé' ».

Aujourd'hui, le couple est suivi par un seul médecin : « avant, on changeait beaucoup. Là, c'est sécurisant ». Monsieur reconnaît que l'approche de ce dernier leur a permis de se sentir plus à l'aise : « au début, on était qu’un numéro et, maintenant, on devient des personnes ».

 

L’impact des difficultés à concevoir un enfant sur le quotidien et la vie de couple :

Ce projet bébé qui tarde à se concrétiser génère beaucoup d'émotions : « au début, j'étais en colère contre tout et tout le monde ». Les tests de grossesse négatifs interrompent brutalement toute projection : « J'ai imaginé une centaine de fois l'annonce. Chaque test négatif, c'est un deuil à faire...Le deuil de tout ce qu’on avait imaginé comme, par exemple, avoir des enfants du même âge que les enfants de nos amis ».

Les démarches médicales qui découlent de ces difficultés de conception demandent, quant à elles, beaucoup de temps et d'énergie. Madame dit se sentir épuisée physiquement et psychologiquement.  L'impact sur la vie des jeunes gens a été, selon eux, inévitable : « il est impossible de vivre normalement quand on a un protocole P.M.A. ». Ils ajoutent : « on a essayé de mettre le plus de distance possible mais c’est omniprésent dans notre discours, dans ce qu’on fait ».

Le traitement, les injections de spermatozoïdes et les rendez-vous médicaux ont pris beaucoup de place dans leur quotidien. Monsieur nous dit : « c’est comme si elle était enceinte. Les restrictions sont nombreuses : elle ne doit pas faire ci (ne pas prendre certains médicaments, par exemple) faire attention à ça...parce qu’on ne sait jamais. C’est toute une organisation ». Il trouve ce parcours pesant… « mais j’essaye de rester positif ». Le jeune homme reconnaît se sentir parfois spectateur et frustré de ne pas pouvoir en faire plus pour sa compagne : « le traitement est lourd. C’est elle qui subit tout ». Tous deux sont néanmoins parvenus à mettre en place des rituels qui permettent à chacun de s'investir dans cette démarche de procréation : « Sans forcer les choses, on a mis en place des petits rituels : je l’appelle quand elle sort de l’hôpital, je lui prépare ses injections. Des petites choses mais qui sont importantes ».

Les effets indésirables de la stimulation hormonale ont également alimenté ce sentiment d'une vie qui tourne autour du projet bébé : les émotions sont, notamment, plus intenses et la prise de poids fréquente. Le traitement peut également réduire la libido et le protocole de P.M.A. peut parfois donner l'impression que les relations sexuelles sont prescrites : « ça ne devient plus un moment de plaisir. On a l'impression qu'on a toujours un médecin entre nous », nous confie Madame.

Le couple reconnaît avoir traversé des moments difficiles : « tout le fonctionnement du couple est perturbé ». La communication, déjà très importante dans l'épanouissement conjugal, devient, dans cette situation, essentielle. Monsieur admet avoir eu beaucoup de difficultés à s'exprimer, même auprès de sa compagne. Cette dernière se souvient : « j’avais l’impression que chacun vivait sa souffrance dans son coin. J’allais chercher du réconfort ailleurs, auprès de notre entourage, mais quand on essuyait un échec, rien que de le redire, de leur en parler, c’était le revivre ».

Elle ajoute : « petit à petit, mon compagnon s’est ouvert, on a beaucoup plus parlé et échangé. J’ai compris qu’il n’était pas distant mais qu’il avait une carapace ».

Cette mise au point leur permet aujourd'hui de traverser cette épreuve côte à côte : « on s’est accordé beaucoup de temps tous les deux ». Ils ont également pris le parti de se saisir de cette expérience pour devenir plus forts. 

Choisir de faire face :

Lorsque les jeunes gens ont été orientés vers le service de P.M.A., une prise en charge psychologique leur a été proposée : « mais la psychologue du service est partie quand on a commencé. On nous a proposé de nous mettre sur liste d’attente ».

Madame a alors fait la démarche de consulter une psychologue extérieure à l'hôpital. Elle est suivie depuis, maintenant, 5 mois : « « j’aurais pu faire une dépression », nous avoue la jeune femme, « j'avais besoin d’extérioriser, d’exprimer librement des sentiments comme l’envie. Quand je voyais une femme enceinte, je me mettais à pleurer ».

Les jeunes gens sont convaincus que la dimension psychologique doit être prise en compte dans ce processus. Madame nous dit : « quand je pleurais, je me disais que si j’étais comme ça psychologiquement, je ne pouvais pas concevoir ».

Monsieur, lui aussi, envisage un suivi psychologique. Il espère que cet accompagnement lui permettra d'exprimer davantage ses ressentis et de progresser dans la communication avec sa compagne : « je veux réussir à en parler avec elle, pour lui faire comprendre que je suis là et que je fais partie du projet ».

La jeune femme nous confie : « on est tombé très bas. Après ça, soit on reste en bas, soit on rebondit. On a décidé de continuer. Le bébé arrivera quand il en aura envie ».

Partager leur histoire avec ceux qui ont également vécu des difficultés a permis au couple de prendre du recul et de porter un autre regard sur leur situation. Madame nous dit : « je me suis rendue compte, en en parlant autour de moi, que des gens qu'on connaît très bien l'ont vécu. Ça m'a fait du bien, c'est très riche d'en parler, on est paré à toutes les éventualités ». Certains ont vu leur désir d'enfant se concrétiser, d'autres ont pris la décision d'arrêter toute démarche. Madame s'est nourrie de ces expériences et, concernant le second cas de figure, elle déclare : « ça veut peut-être dire que, s'il le faut, je serai prête à renoncer...que l'on peut renoncer à ce projet sans s'arrêter de vivre ».

Aujourd'hui, le désir d'enfant reste très fort pour ce couple et la fécondation in vitro, porteuse d'espoir.