La Gazette du Café des parents -sept-18

 

Le rôle des grands-parents et ses limites

 

Deux mamans sont venues pour ce débat : Corinne (nom d’emprunt) a deux filles de 22 et 28 ans, l’une est mère d’un petit garçon de 7 mois, l’autre accouchera dans quelques mois. La première, qui vivait dans une autre région, a décidé récemment de revenir sur Metz avec sa famille pour se rapprocher de sa mère.

Jeanne (nom d’emprunt) vit dans une famille recomposée avec une fille de 30 ans et un beau-fils de 32 ans du côté de son mari. Elle va bientôt être grand-mère deux fois et souhaite s’y préparer au mieux. Sa fille est récemment venue vivre à temps plein à Metz alors que son travail auparavant l’amenait à se déplacer en semaine.

 

Un nouvel équilibre à trouver dans les relations familiales

Jeanne prend sa retraite bientôt et s’est proposée de garder sa future petite-fille deux fois par mois et quand elle est malade. « Est-ce trop ou pas assez ? » se demande-t-elle, et comment trouver sa juste place dans son nouveau rôle de grand-mère. Jeanne a du mal à dire non et elle a peur de se trouver envahie par trop de sollicitations de la part de sa fille.

Pour Corinne, qui vit seule, le retour de sa fille qui vient habiter tout près de chez elle la pousse à réfléchir à la proximité souhaitable et à la juste distance à trouver, aussi bien entre elle, sa fille et son petit-fils qu’avec le couple de sa fille. Elle a de la peine pour la grand-mère paternelle qui avait l’habitude de les voir régulièrement et qui va sûrement souffrir de leur éloignement. « D’abord elles s’en vont, on doit s’habituer à leur absence, et puis elles reviennent et il faut s’adapter à nouveau… »

Le « trop » ou « pas assez » est aussi une inquiétude pour elle. Elle hésiterait même à s’investir dans la relation avec son petit-fils, par crainte d’être envahissante et de développer un lien trop fort avec lui. « Cependant, je suis très proche de ma fille et elle sait me remettre à ma place quand il faut. »   

Pour Jeanne, une complexité supplémentaire se rajoute lorsque son mari, qui n’a pas supporté certaines attitudes de sa fille et qui estime qu’elle ne les respecte pas, ne veut plus la recevoir chez eux. Il travaille à la maison et Jeanne devra se rendre chez sa fille pour garder sa future petite-fille.

La nouvelle triangulation mère-fille-petit-enfant crée des remous et oblige chacun à se repositionner dans le cercle familial. Le besoin de ses enfants de rapprochement physique et d’aide dans le soin de l’enfant peut susciter des émotions contradictoires, à la fois de joie et d’anticipation et aussi d’inquiétude et de peur de se trouver dans de nouvelles contraintes, voire des débordements.

 

Nouvelles responsabilités 

Une autre inquiétude est mentionnée par ces mères par rapport à la responsabilité que signifie le « prendre soin et garder » ses petits-enfants. « Et s’il leur arrivait quelque chose pendant qu’ils sont avec nous ? J’aurai peur qu’ils m’en veulent après. »

Sentir la confiance de sa fille pour le soin de son enfant fait du bien. Pour autant, « c’est comme si je devais tout savoir parce que je l’ai vécu, mais on n’est plus à la page, les méthodes et les pratiques ont changé et ce qui était bon pour nous n’est plus forcément applicable aujourd’hui. »

 

Des plannings chargés

Pour les jeunes parents, organiser la semaine de leur bébé n’est pas une mince affaire. Entre le père, la mère, la crèche, les grands-parents des deux côtés, les plannings sont parfois serrés. Ces grands-mères et futures grands-mères souhaitent soutenir et aider leur fille dans la mesure du possible, sont fières et contentes d’être sollicitées par elle. Pour autant, faut-il toujours se montrer disponible et répondre à chaque demande ? Parler en amont avec ses enfants de ce nouveau rôle est une façon d’être rassurés et de se sentir écoutés dans ses besoins. « Et finalement ça m’irait peut-être de garder le petit tous les jeudis… », se dit Corinne.

Jeanne, qui a tendance à s’oublier facilement, dit-elle, doit organiser sa nouvelle vie de retraitée et voudrait montrer un exemple à ses enfants de savoir à la fois prendre soin d’elle en menant sa vie, de ne pas être disponible à tout moment. « On ne peut pas toujours être dans l’attente d’être sollicitée et s’il y a contrainte, ce n’est pas agréable. »

 

Avoir plusieurs petits-enfants…

« Qu’en est-il de sa disponibilité pour un deuxième ? » s’inquiètent-elles, car le deuxième suivra rapidement. Une réflexion commune se fait. Est-ce qu’il faut viser « l’égalité », offrir les « mêmes choses » à ses petits-enfants pour éviter les comparaisons ou bien agir en fonction des besoins de chacun à un moment donné ? Les enfants (ou leurs parents) peuvent se retrouver à compter et évaluer ce qui est donné à l’un, à l’autre. Les rivalités dans la fratrie que ces mamans ont vécues avec leurs enfants, se rejouent parfois autour des cadeaux ou du temps imparti à chacun des petits-enfants.

 

En conclusion

Ces deux mamans se sont exprimées sur le chamboulement qu’elles vivent chacune face au déménagement et rapprochement de leur fille et se sont retrouvées sur leurs questionnements à ce sujet.

La prise en compte de la complexité des relations entre grands-parents, parents, petits-enfants, sans oublier la belle-famille ( !) et l’expression des émotions et des besoins de chacun, au sein de cette nouvelle constellation, peut permettre aux différents acteurs de trouver leur place dans des relations harmonieuses : « Etre mamie, c’est la continuité de la vie ! » affirme l’une d’elle.