La Gazette du Café des parents -jan-2021

 

Discussion autour de l'allaitement

3 jeunes femmes participent à une discussion autour de l'allaitement proposée par Béatrice KIENTZ, puéricultrice en PMI.

Madame A. est mère de deux enfants, un garçon de 4 ans et une petite fille de 3 mois. Madame B. a un fils de 3 ans et demi et un bébé de 2 mois. Madame C. quant à elle, est maman d’une petite fille de 5 ans et attend son deuxième enfant. Toutes 3 ont accepté de partager leur expérience et d’exprimer leurs interrogations, joies et désagréments au sujet de l’allaitement.

L'allaitement, une expérience unique…et parfois déstabilisante :

Madame A. nous confie avoir vécu un accouchement très difficile : « j’ai été dans le coma pendant plusieurs jours ». Malgré cette épreuve, la jeune femme a eu le « réflexe » de demander un tire-lait à son réveil. Son objectif était de maintenir la lactation dans l’espoir d’allaiter son bébé, une fois remise sur pied. Madame a donné le sein pendant deux mois puis a été contrainte d’arrêter. Pour son deuxième enfant, la mise en route a été beaucoup plus facile : « ma fille a pris le sein tout de suite ». Pour Madame B., l’allaitement a également été plus simple pour son deuxième enfant : « ça n'était plus l'inconnu ».

Se faire confiance, faire confiance au bébé et au lien qui les unit lui aurait également permis, dit-elle, de mener à bien cette seconde expérience.

Madame C. reconnaît avoir été éprouvée par l'allaitement : elle nous confie s'être sentie « esclave» : « Il m'a fallu passer un cap pour pouvoir commencer à apprécier l'allaitement ». Ce dernier fut exclusif les 4 premiers mois puis mixte : « Je regrette de ne pas avoir pu poursuivre ainsi plus longtemps. J'ai laissé mon travail prendre le dessus ». Toutes s'accordent à dire que l'intervention de professionnels formés peut permettre de se sentir plus confiantes dans l'allaitement. Madame C. regrette qu’on n’informe pas suffisamment les parents : « à la préparation à la naissance, on ne nous dit pas que l’allaitement, ça va être galère ». Elle ajoute : « si on ne participe pas à des ateliers, si on n’est pas préparés, ça peut être très déstabilisant ». Le partage d'expériences est également apprécié par Madame B. Cette dernière a adhéré à des groupes qui parlent de l'allaitement sur Facebook. Pour elle, il s'agit d'une source d'informations intéressante.

Béatrice KIENTZ, puéricultrice, remarque que de plus en plus de professionnels se saisissent des réseaux sociaux pour transmettre de l'information sur l'allaitement. Il existe également des groupes de discussions entre mamans. Ces modes d’informations peuvent être rassurants et éclairants, néanmoins, ces afflux d'informations et l’effet de groupe peuvent aussi générer du stress chez le parent. La professionnelle rappelle : « pas de pression inutile ! Il est important de prendre du recul et de faire du tri. Il ne faut pas hésiter à se poser les questions suivantes : « De quoi ai-je envie ? Quel est mon besoin ? Qu'est ce qui me correspond ? ». Madame KIENTZ ajoute : « il faut faire la part des choses. Les envies et les pressions des autres ne sont pas forcément les nôtres ».

Les avantages de l’allaitement… :

Les participantes abordent le « côté pratique » de l'allaitement : « la nuit, par exemple, l'allaitement permet de ne pas avoir à se relever pour préparer un biberon ». Pour Madame C., cela lui permet de passer des meilleures nuits : « je me rendors plus vite ». En journée aussi l’allaitement présente des avantages : le sac à langer est moins lourd et le temps de préparation avant une sortie plus réduit : « tu peux plus facilement sortir sans te poser de questions ». Les repas sont vite préparés : « ma fille a faim, je lui donne le sein » nous dit Madame A.

A travers l'allaitement, il est également possible de déceler certaines difficultés qui peuvent, « en temps normal » passer inaperçues. C'est le cas, par exemple, des problèmes de frein de langue qui peuvent, sur la durée, provoquer des troubles du sommeil ou des tensions au niveau de la nuque. Madame B. se souvient que son fils aîné s'étouffait régulièrement lorsqu'il était au sein. La jeune femme est allée voir un chiropracteur qui a pu lui expliquer que la langue de son fils n'était pas assez mobile. Des massages ont été « prescrits » par ce professionnel et les difficultés de son bébé ont rapidement diminué.

 

 …et les désagréments :

Les trois participantes ont toutes fait le choix d’utiliser un tire lait en parallèle de l’allaitement au sein. Apprendre à utiliser un tire lait peut prendre du temps et demande de la patience : « c’est fatigant et contraignant », nous confie Madame C. Madame A. ajoute : « j’ai du mal à trouver le bon moment pour tirer mon lait. J’ai toujours peur de le faire et qu’au même moment, ma fille veuille téter et n’ait plus assez de lait ». Béatrice KIENTZ suggère de tirer le sein qui n’a pas été vidé, une demi-heure après la tétée. Il est également possible de donner le sein à son bébé tout en tirant son lait : « on gagne du temps mais on peut avoir le sentiment de perdre le côté « magique » du moment à deux et du lien, notamment à cause du bruit de la machine ».

L’image de soi peut aussi être ébranlée lors de l’utilisation du tire-lait : « ça donne une image de soi un peu bizarre avec ces deux téterelles », reconnait Madame B.

Le regard des autres :

Parfois, l'entourage peut porter un regard réprobateur sur ces mamans allaitantes. Madame A. pratique l’allaitement à la demande. Certains proches lui renvoient que sa fille la manipule. Et si bébé pleure ? « On m'a dit : « il faut que bébé fasse ses poumons », nous raconte Madame C. La maman nous confie que l'allaitement l'a aidé dans la gestion des pleurs de sa fille : « ça a un côté rassurant. Je la mettais souvent au sein quand elle pleurait alors qu'on me le déconseillait ». Certains proches de Madame A. ont eu à cœur, eux aussi, de la conseiller sans tenir compte, parfois, des aspirations de la jeune femme. Cette dernière qui pratique, elle aussi, l’allaitement à la demande, témoigne : « On m'a conseillé de donner le sein à ma fille toutes les 4 heures. Et pendant la canicule, on me disait « donne lui de l'eau ». Bien souvent, l’entourage ne pense pas à mal mais les propos tenus peuvent être maladroits voire culpabilisants. Madame B. allaite ses deux enfants : son fils aîné, âgé de 3 ans et demi demande toujours la tétée du soir. Elle apprécie ce moment à deux mais reconnait que l’avis des autres sur cet « allaitement qui dure » l’agite. Les trois participantes apprécieraient que leurs proches aient accès à plus d’informations relatives à l’allaitement.

L’une d’entre elles déclare : « ce serait bien qu’ils participent, eux aussi, à des ateliers sur l'allaitement. Mes parents, c'est une autre génération, c'est d'autres pratiques, d'autres approches ».